PLATON

LE BANQUET

Le Banquet est un texte de Platon écrit aux environs de 380 avant J.-C. Il est constitué principalement d'une longue série de discours portant sur la nature et les qualités de l'amour (eros).
Tò sumpósion
en grec est traduit traditionnellement par le Banquet  ; ce terme désigne ce que l'on appelle aujourd'hui une «réception», une fête mondaine dans laquelle on boit généralement plus qu'on ne mange.

Introduction
Dans le Banquet, les paroles des personnages ne sont pas directement retranscrites.
Platon ne les rapporte pas non plus en tant que narrateur, et préfère se servir d'un intermédiaire, Apollodore.
Il raconte en effet comment Apollodore vient à refaire le récit de cette soirée, en rapportant toutes les paroles importantes qui y furent échangées.

Platon écrit vers 385, mais il situe le récit d'Apollodore 16 ans auparavant, vers 404 (la Guerre du Péloponnèse, qui a opposé Sparte à Athènes, s'est achevée par la défaite d'Athènes), tandis que onze années ont passé depuis la fameuse réception de 416.
Apollodore lui-même n'était pas chez l'hôte Agathon. Il tient son récit d'un autre disciple de Socrate, Aristodème, qui l'accompagnait.

La multiplication de témoins intermédiaires a pour but de signaler au lecteur que le texte qu'il lira n'est pas la retranscription exacte de la soirée, mais de l'essentiel de ce qui a été dit.
Le Banquet
est donc une adaptation libre et dramatiquement très élaborée d'une soirée mémorable. On peut ajouter qu'une enquête rapide sur le caractère des personnages que sont Aristodème et Apollodore en dira un peu plus sur la manière dont ils entendent jouer leur rôle d'intermédiaire entre les auditeurs et cette soirée à laquelle personne, parmi les auditeurs présents, n'a assisté.

Intermédiaire se dit en grec metaxu : Apollodore et Aristodème vont être les metaxu d'un daimon (érôs) qui est lui-même le metaxu par excellence.

Le lecteur aura soin de prendre garde que sous la forme tragi-comique, Platon fera dévoiler par les protagonistes de son dialogue les mystères d'Éros.
Un des personnages présents de ce dialogue, qui va faire l'éloge du philosophe Socrate, est aussi celui qui aura eu dans sa vie à supporter l'accusation de sacrilège pour avoir mutilé les statues des Hermès.
Aux révélations des mystères d'Éros, on peut donc ajouter ici les révélations sur Socrate, formulées par un politicien ivre, Alcibiade, bientôt poursuivi pour sacrilège.

Les circonstances du dialogue
Quelles circonstances donnent lieu à toutes ces paroles sur l'amour ? Le jury d'un festival a couronné la première tragédie du jeune Agathon.
Pour célébrer sa victoire, Agathon organise une grande fête le soir même, qui se termine en beuverie. Le lendemain, il donne à nouveau une réception, mais plus intime, plus calme, en invitant des personnalités importantes à fêter son succès.
À l'initiative de Phèdre, relayé par Eryximaque, chacun est invité à faire à son tour un éloge de l'amour, ce qui selon lui n'aurait jamais été fait.
Le Banquet
est donc l'histoire de cette longue nuit, où on entend se succéder ces éloges, ainsi que les discussions et les multiples incidents qui interrompent le protocole.

Discours de Phèdre
C'est Phèdre qui prononce le premier discours. Éros, dit-il, est un dieu important, admirable surtout par son origine : il est le plus ancien et n'a ni père ni mère.
D'abord, il y eut le chaos, puis la Terre et Éros. Étant le plus ancien, il est pour nous la source des biens les plus grands, car le principe qui doit inspirer les hommes qui cherchent à vivre comme il faut, c'est l'amour.
En effet, la honte est liée à l'action laide, la recherche de l'honneur est liée à l'action belle : sans cela, il n'y a ni cité, ni individu pour réaliser des grandes et belles choses.
Or, si on formait une cité ou une armée avec des amants et leurs aimés, chacun rejetterait ce qui est laid, et il y aurait émulation dans la recherche de l'honneur.
Combattant ensemble, ils vaincraient l'humanité entière, car toute lâcheté est impossible quand on est prêt à mourir par amour.
Enfin, celui que les dieux admirent le plus et honorent, c'est le sentiment de l'aimé pour l'amant : l'amant est plus divin, inspiré par les dieux.

Discours de Pausanias
Après quelques autres discours, vient celui de Pausanias. Selon lui, il y a en réalité plusieurs Éros  ; pour lequel faire un éloge ?
Il n'y a pas d'Aphrodite sans Éros ; or, il y a deux Aphrodite, donc il y a deux Éros. La plus ancienne Aphrodite, fille d'Ouranos, est la Céleste, l'autre est la vulgaire (Aphrodite Pandémos c'est-à-dire populaire).
Or, une action n'est ni belle ni laide en elle-même, c'est la façon de l'accomplir qui la rend belle : donc Éros n'est pas indistinctement beau, seul est digne d'éloge celui qui incite à l'amour.

Éros vulgaire
L'Éros vulgaire aime l'aventure : il aime les femmes comme les garçons, les corps. Il recherche des partenaires peu intelligents, car seul son but lui importe.
Il fait l'amour au hasard, sans se demander si son action est bonne. L'Éros vulgaire c'est l'amour physique et superficiel en opposition à l'Aphrodite céleste qui est l'amour des âmes, l'amour pur.

Éros céleste
L'autre Éros se rattache à l'Aphrodite céleste. Celle-ci s'adresse aux garçons et n'est pas insolente. Un tel Éros inspire en effet l'amour du sexe le plus fort et le plus intelligent.
Mais il faudrait des règles de conduite pour éviter les comportements intempestifs des amants vulgaires. Chez certains l'homosexualité n'est pas honteuse, mais pour d'autres, elle l'est.
Pour nous, prenons en considération les trois points suivants :

  • il est plus convenable d'aimer ouvertement et d'aimer des gens de meilleure famille, de haut mérite ;
  • celui qui est amoureux doit recevoir des encouragements : s'il fait une conquête, c'est une belle chose, s'il échoue, c'est honteux ;
  • on a toute liberté d'entreprendre une conquête, et l'extravagance n'est pas dans ce cas blâmée : on admet une forme d'esclavage inacceptable dans d'autres circonstances. L'amoureux peut même ne pas tenir ses promesses : un serment d'amour n'est pas un vrai serment. L'amoureux a donc une totale liberté.

Pourtant, on fait des reproches aux aimés, on les empêche de parler à leurs amants. C'est qu'une action est belle si on se conduit comme il faut, honteuse autrement ; par exemple, céder à quelqu'un qui n'en vaut pas la peine, à l'amant vulgaire qui aime surtout le corps.
Cet amant n'a pas de constance ; celui qui aime un caractère qui en vaut la peine reste un amant toute sa vie car il s'est fondu avec quelque chose de constant.
La règle sera donc que l'amant poursuive et que l'aimé fuit : le temps qui passe sera en effet un excellent révélateur.
Il n'y aura donc qu'une seule voie pour l'aimé de céder de belle manière, par l'esclavage volontaire à la vertu, car si l'on accepte d'être au service de quelqu'un pour devenir meilleur, cela n'est pas honteux.
L'amant et l'aimé ont alors le même but : la justice, devenir bon, être sage. Cela oblige l'amant et l'aimé à prendre soin d'eux-mêmes pour devenir vertueux.
Le reste appartient à l'Aphrodite vulgaire.

Remarquons qu'Aristophane passe son tour car il a le hoquet. Il occupera donc ultérieurement la place qui ne lui revenait pas à l'origine.

Discours d'Éryximaque
Éryximaque (dont le nom signifie : celui qui combat le hoquet), médecin, reprend la distinction des deux Éros en la rapportant à son art ; il est le prototype du parfait positiviste, de l'homme de science : pour lui, la distinction des deux Éros est bonne, mais elle ne concerne pas seulement les âmes des êtres humains : cela concerne toute chose qui recherche autre chose, comme le montre la médecine.
Favoriser ce qu'il y a de bon et de sain dans chaque corps est beau, et c'est cela la médecine, car elle est la science des opérations de remplissage et d'évacuation du corps que provoque Éros.
En conséquence, celui qui distingue le bon Éros est un médecin accompli. Il doit savoir en outre faire apparaître l'affection et l'amour mutuels entre les choses qui sont en conflit : froid, chaud, sec, humide, etc.
C'est en établissant l'amour et la concorde entre ces choses qu'Asclépios a fondé la médecine. La médecine, la gymnastique, la musique sont gouvernées par ce dieu.
En musique on réalise un accord par une opposition entre l'aigu et le grave : la musique crée l'amour mutuel, dans l'ordre de l'harmonie et du rythme, c'est une science des phénomènes de l'amour.
Il faut donc partout sauvegarder l'un et l'autre amour : l'Éros bien réglé apporte l'abondance et la santé, et l'Éros de la démesure provoque de nombreuses destructions (épidémies, etc.).
Le déséquilibre dans les relations frappe les animaux et les plantes. De même, dans la communication entre les dieux et les hommes, il faut établir un lien d'amour par l'observation des lois divines, ce qui est la piété.
La puissance d'Éros est universelle, et la modération et la justice donnent le bonheur et rendent possible le commerce et l'amitié.

Aristophane, n'ayant plus le hoquet, commence son discours.

Discours d'Aristophane
Les hommes ne se rendent pas compte du pouvoir d'Éros, sinon ils lui auraient élevé les temples les plus imposants.
Nul dieu n'est mieux disposé à l'égard des humains. Qu'était la nature humaine, et que lui est-il arrivé ? Notre nature était autrefois différente : il y avait trois catégories d'êtres humains, le mâle, la femelle et l'androgyne.
De plus, la forme humaine était celle d'une sphère avec quatre mains, quatre jambes et deux visages, une tête unique et quatre oreilles, deux sexes, etc.
Les humains se déplaçaient en avant ou en arrière, et, pour courir, ils faisaient des révolutions sur leurs huit membres.
Le mâle était un enfant du soleil, la femelle de la terre, et l'androgyne de la lune. Leur force et leur orgueil étaient immenses et ils s'en prirent aux dieux.
Zeus trouva un moyen de les affaiblir sans les tuer, ne voulant pas anéantir la race comme il avait pu le faire avec les Titans : il les coupa en deux.
Il demanda ensuite à Apollon de retourner leur visage et de coudre le ventre et le nombril du côté de la coupure. Mais chaque morceau, regrettant sa moitié, tentait de s'unir à elle : ils s'enlaçaient en désirant se confondre et mouraient de faim et d'inaction.
Zeus décida donc de déplacer les organes sexuels à l'avant du corps. Ainsi, alors que les humains surgissaient auparavant de la terre, un engendrement mutuel fut possible par l'accouplement d'un homme et d'une femme.
Alors, les hommes qui aimaient les femmes et les femmes qui aiment les hommes (moitiés d'androgynes) permettraient la perpétuité de la race ; et les hommes qui aiment les hommes (moitiés d'un mâle), plutôt que d'accoucher de la vie, accoucheraient de l'esprit.
Ces derniers sont selon Aristophane les êtres les plus accomplis, étant purement masculins. L'implantation de l'amour dans l'être humain est donc ancienne.
C'est l'amour de deux êtres qui tentent de n'en faire qu'un pour guérir la nature humaine : nous sommes la moitié d'un être humain, et nous cherchons sans cesse notre moitié, de l'autre sexe ou du même sexe que nous.
Quand nous rencontrons notre moitié, nous sommes frappés d'un sentiment d'affection et d'amour : nous refusons alors d'en être séparés.
Qu'attendent-ils donc, ceux qui passent leur vie ensemble ? Ce n'est certes pas la jouissance sexuelle. C'est quelque chose que souhaite l'âme, qu'elle ne saurait exprimer ; et pourtant elle le devine : ce qu'elle souhaite, c'est se fondre le plus possible dans l'autre pour former un même être.
C'est cela que nous souhaitons tous, nous transformer en un être unique. Personne ne le refuserait, car personne ne souhaite autre chose.
Le nom d'amour est donc donné à ce souhait de retrouver notre totalité, et Éros est notre guide pour découvrir les bien-aimés qui nous conviennent véritablement.
Le bonheur de l'espèce humaine, c'est de retourner à son ancienne nature grâce à l'amour, c'est là notre état le meilleur.
Éros nous sert en nous menant vers ce qui nous est apparenté, il soulève en nous l'espoir de rétablir notre nature et de nous donner la félicité et le bonheur.

Discours d'Agathon
Les discours précédents n'ont pas dit, selon Agathon, ce qu'est le dieu lui-même. Il faut donc expliquer sa nature pour en faire l'éloge.
Éros est le plus heureux des dieux, car il est le meilleur et le plus beau. Il est toujours jeune et fuit la vieillesse ; il est le plus jeune des dieux.
Son règne est le règne de la concorde et de la paix, par opposition à l'ancienne Nécessité et aux actes violents qui en découlaient.
Il est également un dieu délicat et n'aime la compagnie que de ce qui est tendre dans les âmes. Il fuit donc les caractères durs.
Sa constitution est ondoyante et harmonieuse, il possède la grâce par excellence : il vit parmi les fleurs et les parfums.
Éros exclut donc toute violence : il ne commet pas l'injustice, il ne la subit pas. Au contraire, en toute circonstance, chacun l'assiste.
Il est modéré et tempérant car il domine les désirs. C'est un poète savant, créateur universel qui transforme en poète celui qu'il touche.
Il a également un savoir dans la fabrication des êtres vivants, savoir qui fait naître et grandir tout ce qui vit. Dans la pratique des arts, c'est par désir et amour qu'Apollon inventa le tir à l'arc, la divination, etc.
Tous les dieux sont donc des disciples d'Éros. Enfin, ce dieu nous interdit la croyance que nous sommes étrangers les uns aux autres : grâce à lui, nous appartenons à une même famille.

Ce discours est très applaudi. Socrate prend ensuite la parole.

Discours de Socrate : nature d'Éros
Pour Socrate, qui rapporte le discours de Diotime, Eros n'est pas un Dieu mais un "grand démon", c'est-à-dire un être intermédiaire entre l'homme et le divin, ayant pour charge de faire la liaison entre les deux mondes.

Le discours de Socrate a une double signification. Il est d'abord discours sur l'amour, sur l'amour sensuel et sur l'amour «spiritualisé», sur l'amour de l'Idée de la Beauté.
Mais c'est aussi un discours sur le philosophe ou plus précisément sur la figure du philosophe comme amant, comme celui qui a réussi à passer de l'amour des beaux corps à l'amour de la Beauté elle-même.
Mais Socrate est d'abord embarrassé. Il s'exprime avec son ironie habituelle : il croyait qu'il fallait dire la vérité sur ce dont on fait l'éloge !
Or, il comprend qu'en fait il faut lui donner de grandes qualités, même s'il ne les a pas. Il décide de parler à sa façon en s'adressant à Agathon.
Il est vrai que pour parler d'Éros, il faut en découvrir la nature. L'amour est-il amour de quelque chose ou de rien ?
Il est désir de quelque chose, et s'il éprouve ce désir, c'est sans doute car il manque de ce qu'il désire, car on ne peut désirer ce qu'on possède. Éros n'est donc ni beau ni bon.
C'est à ce moment que Socrate rapporte le discours le plus platonicien du dialogue, discours où il raconte son entretien avec une prêtresse qu'il tient pour sage, Diotime, à propos d'Éros.
La femme lui enseigne qu'Éros n'est pas un dieu, mais un «daïmon» (rien à voir avec nos "démons"), un être mi-homme mi-dieu : il ne dispose certainement pas des qualités qu'on lui attribue généralement, comme la beauté, puisqu'il les recherche.
C'est donc un être intermédiaire. Ainsi l'amour est-il philosophe, ni sage ni ignorant, mais cherchant la connaissance.

Arrivée et discours d'Alcibiade
Soudain, les convives entendirent un grand bruit à la porte extérieure. On y frappait à coups redoublés, la voix de jeunes gens pris de vin et d'une joueuse de flute se fit entendre.
C'est Alcibiade qui survint, ivre mort. Agathon l'invita à s'assoir entre lui et Socrate. Chose étrange, il ignora la présence de Socrate, bien qu'il se fut assis juste à ses côtés.
Quand, soudain, au détour d'une remarque, il s'exclame :

«— Par Hercule ! qu'est ceci ? Quoi, Socrate, te voilà encore ici à l'affût pour me surprendre en réapparaissant au moment où je m'y attends le moins !»

Socrate, inquiet : «— Au secours, Agathon! s'écria Socrate. L'amour de cet homme n'est pas pour moi un médiocre embarras, je t'assure. Depuis l'époque où j'ai commencé à l'aimer, je ne puis plus me permettre de regarder un beau garçon ni de causer avec lui sans que, dans sa fureur jalouse, il ne vienne me faire mille scènes extravagantes, m'injuriant, et s'abstenant à peine de porter les mains sur moi. Ainsi, prends garde qu'ici même il ne se laisse aller à quelque excès de ce genre, et tâche de nous raccommoder ensemble, ou bien protège-moi s'il veut se porter à quelque violence ; car il m'épouvante en vérité avec sa folie et ses emportements d'amour.»

Alcibiade, pourtant ivre, redemanda à boire, non dans des verres, mais dans des vases. Les convives insistèrent pour qu'il fasse à son tour son éloge sur l'Amour.
Il argua qu'en présence de Socrate, il ne pouvait faire l'éloge de quiconque, qu'il soit dieu ou bien homme, sans risque : Socrate «voudra me battre» déclara-t-il.
Ainsi, plutôt que de faire l'éloge de l'Amour, il fait accepter l'idée qu'il puisse faire l'éloge de Socrate.

Son discours fut contradictoire. Socrate, pour lui, «ressemble particulièrement au satyre Marsyas», «es un effronté railleur», mais simultanément, dît-il «— je vous attesterais avec serment l'effet extraordinaire que ses discours m'ont fait et me font encore. En l'écoutant, je sens palpiter mon cœur plus fortement que si j'étais agité de la manie dansante des corybantes, ses paroles font couler mes larmes, et j'en vois un grand nombre d'autres ressentir les mêmes émotions.».
Il admet se sentir en position de faiblesse vis-à-vis de Socrate  : «— Pour lui seul dans le monde, j'ai éprouvé ce dont on ne me croirait guère capable, de la honte en présence d'un autre homme : or il est en effet le seul devant qui je rougisse. J'ai la conscience de ne pouvoir rien opposer à ses conseils, et pourtant de n'avoir pas la force, quand je l'ai quitté, de résister à l'entraînement de la popularité ; je le fuis donc ; mais quand je le revois, j'ai honte d'avoir si mal tenu ma promesse, et souvent j'aimerais mieux, je crois, qu'il ne fut pas au monde, et cependant si cela arrivait, je suis bien convaincu que j'en serais plus malheureux encore ; de sorte que je ne sais comment faire avec cet homme-là.».

Alcibiade semblait être fou d'amour pour Socrate. Il déclara avoir vainement tenté de le séduire dans le passé, mais que Socrate s'y était toujours refusé, ce qui était outrageant à ses yeux.
Puis, il fit alors un sublime éloge de Socrate.

Alcibiade est dans un état intermédiaire, à la fois admiratif de Socrate, mais aussi avec un grand ressentiment à son égard.
Il est dans la position de celui qui éprouve le malheur de l'amour déçu, mais qui conserve l'espoir d'arriver à ses fins; il souffre, fait des reproches, mais y croit toujours.

«Alcibiade ayant cessé de parler, on se mit à rire de sa franchise, et de ce qu'il paraissait encore épris de Socrate».

Son éloge du philosophe n'avait-il pour but que de tenter de séduire Socrate ?

Socrate réagit : «— Je soupçonne, Alcibiade, dit-il, que tu as été sobre aujourd'hui; sans quoi tu n'aurais jamais si habilement tourné autour de ton sujet en t'efforçant de nous donner le change sur le vrai motif qui t'a fait dire toutes ces belles choses, et que tu n'as touché qu'incidemment là fin de ton discours : comme si l'unique dessein qui t'a fait parler n'était pas de nous brouiller, Agathon et moi, en prétendant, comme tu le fais, que je dois t'aimer et n'en point aimer d'autre, et qu'Agathon ne doit pas avoir d'autre amant que toi. Mais l'artifice ne t'a point réussi; et on voit ce que signifiaient ton drame satirique et tes Silènes. Ainsi, mon cher Agathon, tâchons qu'il ne gagne rien à toutes ces manœuvres, et fais en sorte que personne ne nous puisse détacher l'un de l'autre.»

La feinte est éventée. À noter que Socrate sous-entend qu'Alcibiade est fort coutumier de la boisson, ce qui le rend fréquemment malhabile.
Est-ce étonnant pour quelqu'un qui ne parvient pas à tourner la page d'un amour déçu ? Alcibiade se détruirait-il lui-même à persister dans sa recherche à satisfaire cet amour manifestement impossible ?
Détruirait-il même ainsi, en importunant sans cesse Socrate, tout possibilité de satisfaction de cet amour à l'avenir ?
Ce malheur n'alimenterait-il pas toujours plus sa déchéance ? Plus Alcibiade harcèle Socrate, plus il est repoussé, mais comme plus il est repoussé, plus son malheur grandit, et que plus son malheur grandit, plus il harcèle Socrate...

«— En vérité, dit Agathon, je crois que tu as raison, Socrate ; et justement il est venu se placer entre toi et moi pour nous séparer, j'en suis sûr. Mais il n'y gagnera rien, car je vais à l'instant me placer à côté de toi.»

Mais Alcibiade de continuer ses manœuvres pour parvenir à ses fins. Et Socrate et Agathon de s'en défendre...

Ce petit jeu est interrompu par l'arrivée chez Agathon d'une foule joyeuse. C'est la fin du banquet ; il se termine en beuverie.
Le matin, Agathon, Aristophane et Socrate discutent de l'art de la tragédie. Agathon et Aristophane finissent par s'endormir.
Socrate s'en va, passe tranquillement sa journée et rentre chez lui le soir se reposer.

Source : Wikipédia

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